Du 27 juin au 6 juillet 2025, des chercheurs du CNRS et de l’Université de Bretagne Sud se sont rendu à vélo à Rotterdam (Pays-Bas) depuis la commune de Saint-Jean La Poterie dans le Morbihan, afin de participer à la douzième conférence internationale sur le climat urbain (ICUC12).

Pendant ce périple de dix jours, les chercheurs ont réalisés des mesures micro-météorologiques (comme la température de l’air) et des mesures physiologiques (comme leur rythme cardiaque ou la température corporelle). Les données collectées ont pour objectif de comprendre les liens entre activité physique, changement climatique et géographie des territoires.

Le parcours VeloClimat intègre 5 ateliers citoyens participatifs, menés en partenariat avec des associations locales (mobilité, vélo). Ces ateliers ont permis d'élargir la couverture géographique des mesures et stimulé des échanges sur les interactions entre paysages, microclimats et stratégies d’aménagement territorial. Comment les paysages influencent-ils les températures ? Quels aménagements pour un territoire plus résilient ? sont des exemples de questions qui ont été abordées avec les participants. Au total, plus de 100 personnes ont pris part à ces ateliers.

La campagne de mesures VeloClimat 2025 s’est déroulée lors de la 10ᵉ vague de chaleur ayant touché la France hexagonale et la Corse, entre le 19 juin et le 4 juillet 2025. Les données ont été collectées sur 10 jours distincts, avec deux types de capteurs (le VeloClimaMètre et le VeloClimap) et pour une amplitude horaire étendue de 8h00 à 23h00. Une température maximale de 35,7 °C a été enregistrée, illustrant l’intensité de cet épisode. Le tableau ci-dessous résume les conditions météorologiques pendant les 7 premiers jours de la campagne.

Les étapes 3 et 4 (Laval→Mayenne→Alençon) sont les plus exposées. Seulement 10 et 20 % d'ombre, pour les températures les plus élevées du parcours (30,6 et 34,4 °C). L'étape 1 (Bretagne) est la mieux protégée avec 25 à 30 % d'ombre et une température clémente (23,3 °C), ce qui a offert un départ confortable. L'étape 2 (Châteaubriant → Laval) est relativement trompeuse. Malgré 30% d'ombre (la plus ombragée du parcours), la température grimpe à 33,5°C. L'ombre apporte un soulagement, mais la chaleur reste importante. Les étapes 6 et 7 sont plus exposées mais cependant plus fraîches. Les températures redescendent (28,3 et 22,5°C).
Au-delà de ces observations, les mesures réalisées en journée avec le VeloClimamètre (voir page materiels) révèlent un impact différencié des types de paysages traversés sur la température de l’air.
En moyenne, les zones ombragées sont 0,6 °C plus froides que les zones ensoleillées. Localement, cet écart peut atteindre jusqu’à 2,5 °C, notamment lorsque le tronçon est couvert par un houppier dense. Ce rafraîchissement peut être encore accentué par la présence combinée d’éléments de fraîcheur à proximité, comme un étang. À l’inverse, dès que le tronçon est exposé au soleil ou que le type de revêtement change, les températures augmentent significativement. Les cartes ci-dessous illustrent ces variations spatiales.

Les premières analyses confortent l'influence des paysages sur les températures. L’alternance entre espaces végétalisés et zones urbanisées modifie la réponse thermique du territoire, ainsi que la répartition spatiale des températures. La nature de l’occupation du sol, la forme et l’organisation des tissus urbains génèrent en effet des comportements thermiques contrastés. Ainsi, les mesures réalisées en milieu urbain révèlent systématiquement des températures plus élevées, contrairement aux espaces périphériques ou de transition, où les valeurs restent plus modérées (figure ci-dessous).
Cependant, ces observations montrent également qu’il existe des interactions plus complexes entre les différents ensembles géographiques composant un territoire. En effet, la température mesurée est aussi influencée par l’environnement immédiat. La figure suivante montre ainsi des températures localement plus élevées sur des portions cyclables pourtant très ombragées. Ce phénomène peut s’expliquer par la présence, à proximité, d’aménagements propices à la surchauffe, dont la chaleur émise est finalement transférée par le vent vers les zones adjacentes.

Si l’environnement immédiat joue un rôle clé dans le confort thermique, ces premiers résultats démontrent la nécessité d’adopter une approche multi-scalaire pour identifier et caractériser l’ensemble des sources de surchauffe impactant l’exposition des cyclistes. Cette approche permettrait de préciser les interactions spatiales entre ces ensembles géographiques et de cibler les zones contributives prioritaires, sur lesquelles des actions d’atténuation pourraient être engagées. Pour consolider ces résultats, il est essentiel de réaliser des mesures complémentaires, en lien avec les différents types de temps observés pendant les vagues de chaleur, et ce pour une diversité de territoires. En effet, les transferts de chaleur sont conditionnés par la présence d’obstacles naturels ou humains, par la météorologie notamment le vent, la période de la journée - ces éléments vont jouer sur la répartition spatiale et temporelle de la chaleur.
Elle soulève plusieurs enjeux :
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Matthieu Gousseff, Jérémy Bernard, Jessica Pic, François Leconte, Erwan Bocher, Elisabeth Le Saux Wiederhold, Romain Bocher (Lycée Beaumont Redon, option sport) |
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Vincent Gremeaux et Mathieu Saubade |
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Peter Gallinelli et Reto Camponovo |
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Olivier Ertz Media Engineering Institute (Suisse) |