Objectifs 2025

From June 26 to July 6, 2025 , scientists have decided to cycle from their hometown in Brittany (France) to Rotterdam to join the 12th International Conference on Urban Climate. They have performed mobile measurements of meteorological and physiological variables and organized public events involving citizen measurements in several cities to raise awareness regarding climate change adaptation in cities.

Du 27 juin au 6 juillet 2025, des chercheurs du CNRS et de l’Université de Bretagne Sud se sont rendus à vélo à Rotterdam (Pays-Bas) depuis la commune de Saint-Jean La Poterie dans le Morbihan, afin de participer à la douzième conférence internationale sur le climat urbain (ICUC12).

Affiche de lancement 2025

Pendant ce périple de 10 jours, les chercheurs ont réalisés des mesures micro-météorologiques (comme la température de l’air). Les données collectées ont pour objectif de comprendre les liens entre activité physique, changement climatique et  géographie des territoires.

Le parcours

Parcours de la VéloClimat 2025

Le parcours VeloClimat intègre 5 ateliers citoyens participatifs, menés en partenariat avec des associations locales (mobilité, vélo). Ces ateliers ont permis d'élargir la couverture géographique des mesures et de stimuler des échanges sur les interactions entre paysages, microclimats et stratégies d’aménagement territorial. Comment les paysages influencent-ils les températures ? Quels aménagements pour un territoire plus résilient ? sont des exemples de questions qui ont été abordées avec les participants. Au total, près de 200 personnes ont pris part à ces ateliers.

ThermoParties

Principaux résultats

La campagne de mesures VeloClimat 2025 s’est déroulée lors de la 10ᵉ vague de chaleur ayant touché la France hexagonale et la Corse, entre le 19 juin et le 4 juillet 2025. Les données ont été collectées sur 10 jours distincts, avec deux types de capteurs (le VeloClimaMètre et le VeloClimap) et pour une amplitude horaire étendue de 8h00 à 23h00.  Une température maximale de 34,4 °C a été enregistrée, illustrant l'importance de cet épisode. Le tableau ci-dessous résume les conditions météorologiques pendant les 7 premiers jours de la campagne.

Conditions météorologiques

  • Les étapes 2, 3 et 4 sont les plus chaudes (30–34°C) avec un ciel dégagé
  • Les étapes 1 et 6 sont les plus humides (>75%), avec quelques nuages
  • La pluie est quasi absente, sauf pour l'étape 6 (5 mm) et un léger saupoudrage à l'étape 1
  • Le vent reste faible à modéré (7–12 km/h)

Les étapes 3 et 4 (Laval→Mayenne→Alençon)  sont les plus exposées avec seulement 10 et 20 % d'ombre, pour les températures les plus élevées du parcours (30,6 et 34,4 °C). L'étape 1 (Bretagne) est la mieux protégée avec 25 à 30 % d'ombre et une température clémente (23,3 °C), ce qui a offert un départ confortable. L'étape 2 (Châteaubriant → Laval) est relativement trompeuse. Malgré 30% d'ombre (la plus ombragée du parcours), la température grimpe à 33,5°C. L'ombre apporte un soulagement, mais la chaleur reste importante. Les étapes 6 et 7 sont plus exposées mais cependant plus fraîches. Les températures redescendent (28,3 et 22,5°C).

Répartition ombre/soleil

Au-delà de ces observations, les mesures réalisées en journée avec le VeloClimamètre (voir page materiels) révèlent un impact différencié des types de paysages traversés sur la température de l’air.
En moyenne, les zones ombragées sont 0,6 °C plus froides que les zones ensoleillées. Localement, cet écart peut atteindre jusqu’à 2,5 °C, notamment lorsque le tronçon est couvert par un houppier dense. Ce rafraîchissement peut être encore accentué par la présence combinée d’éléments de fraîcheur à proximité, comme un étang. À l’inverse, dès que le tronçon est exposé au soleil ou que le type de revêtement change, les températures augmentent significativement. Les cartes ci-dessous illustrent ces variations spatiales.

Ombrages et température

Les premières analyses confortent l'influence des paysages sur les températures. L’alternance entre espaces végétalisés et zones urbanisées modifie la réponse thermique du territoire, ainsi que la répartition spatiale des températures. La nature de l’occupation du sol, la forme et l’organisation des tissus urbains génèrent en effet des comportements thermiques contrastés. Ainsi, les mesures réalisées en milieu urbain révèlent le plus souvent des températures plus élevées, contrairement aux espaces périphériques ou de transition, où les valeurs restent plus modérées (figure ci-dessous).

Cependant, ces observations montrent également qu’il existe des interactions plus complexes entre les différents ensembles géographiques composant un territoire. En effet, la température mesurée est aussi influencée par l’environnement immédiat. La figure suivante montre ainsi des températures localement plus élevées sur des portions cyclables pourtant très ombragées. Ce phénomène peut s’expliquer par la présence, à proximité, d’aménagements propices à la surchauffe, dont la chaleur émise est finalement transférée par le vent vers les zones adjacentes.

Zone d'échange thermique

Si l’environnement immédiat joue un rôle clé dans le confort thermique, ces premiers résultats démontrent la nécessité d’adopter une approche multi-scalaire pour identifier et caractériser l’ensemble des sources de surchauffe impactant l’exposition des cyclistes. Cette approche permettrait de préciser les interactions spatiales entre ces ensembles géographiques et de cibler les zones contributives prioritaires, sur lesquelles des actions d’atténuation pourraient être engagées. Pour consolider ces résultats, il est essentiel de réaliser des mesures complémentaires, en lien avec les différents types de temps observés pendant les vagues de chaleur, et ce pour une diversité de territoires. En effet, les transferts de chaleur sont conditionnés par la présence d’obstacles naturels ou humains, par les conditions météorologiques, la période de la journée -  ces éléments vont jouer sur la répartition spatiale et temporelle de la chaleur.

Les mesures réalisées lors des ThermoParties à Saint-Jean La Poterie, Alençon, Laval et Lille révèlent des variations significatives de température, mettant en lumière l’influence des paysages, des zones bâties et des infrastructures.

À Saint-Jean La Poterie (26/06/2025, 18h03-19h03), les contrastes thermiques sont peu marqués, car les températures sont encore clémentes (moyenne de 23,52 °C). Le parcours, dominé par des zones agricoles et boisées, limite l’effet du pic de chaleur. On observe néanmoins des espaces qui se détachent, dans les zones urbanisées ou sur des tronçons minéralisés et exposés au soleil (+2 à 3 °C).

À Laval (28/06/2025, 19h09-19h49), le contraste rural/urbain est nettement plus marqué : le fond de vallée et les zones végétalisées (en bleu sur les cartes) restent plus frais, tandis que les axes routiers et les zones bâties affichent des températures plus élevées (+4 à 5 °C).

À Alençon (30/06/2025, 19h39-20h40), les écarts thermiques sont très marqués, atteignant jusqu’à +7 °C par rapport à la référence MétéoFrance, avec des zones urbaines denses (rouge/orange sur les cartes) où la minéralisation et le manque de ventilation amplifient la surchauffe, tandis que les corridors verts et les cours d’eau (bleu/vert) restent plus frais.

À Lille (03/07/2025, 18h34-19h30), bien que les températures soient plus clémentes, la répartition spatiale des écarts est similaire à celle de Laval (écarts le plus souvent < 3 °C). On note une importante poche de fraîcheur au centre (Parc de la Citadelle), contrastant avec les zones urbaines ou minéralisées exposées au soleil.

ThermoParties

Statistiques des températures

Un transect réalisé depuis le centre-ville d’Alençon vers la campagne, entre 22h40 et 23h40 le 30 juin, au cœur de la vague de chaleur, illustre la dynamique spatiale et temporelle des températures. Plus on s’éloigne du centre-ville, plus les températures baissent, avec un écart dépassant 7 °C. Cet écart est localement accentué par l’orographie : certaines parties plus encaissées du tronçon sont ponctuellement plus fraîches, en raison d’une accumulation d’air froid dans les fonds de vallée. On observe ainsi une dichotomie spatiale entre la zone urbanisée, plus chaude, et la campagne environnante. Ce phénomène, connu sous le nom d'ilot de chaleur urbain, n'était probablement pas au maximum de son intensité à cette heure car il atteint souvent son paroxysme entre le milieu et la fin de la nuit.

Transect Alençon

Bilan

Anne Guerin notes dessinéesRéalisation : Anne Guerin, annedebzh.com

Les premiers résultats livrés par la campagne de mesures VeloClimat 2025, menée lors de la 10ᵉ vague de chaleur entre le 19 juin et le 4 juillet 2025, ont mis en évidence l’influence majeure des paysages, des infrastructures sur la répartition spatiale des températures.

Les résultats confirment que les zones urbanisées, minéralisées ou exposées au soleil amplifient les surchauffes locales, tandis que les espaces végétalisés, ombragés ou proches de plans d’eau ont tendance à atténuer ces effets. L’approche multi-scalaire s’impose comme une nécessité pour identifier les sources de chaleur et leurs impacts aux interfaces notamment pour localiser les espaces propices à un transfert de chaleur (zones contributives).

Ces constats soulèvent plusieurs enjeux clés pour l’aménagement des territoires :

  • La capacité d’intervention de la puissance publique sur ces espaces, afin de prioriser les zones les plus exposées ;

  • Le coût économique des aménagements et des solutions proposées, qui doit être évalué au regard des bénéfices attendus en termes de confort thermique ;

  • Les possibilités de végétalisation, à adapter en fonction des contraintes liées aux réseaux ou aux infrastructures existantes ;

  • La nécessité de fédérer les différents acteurs (collectivités, urbanistes, associations, citoyens) autour de cette problématique, afin de concilier motivations environnementales, techniques et socio-économiques.

Pour aller plus loin, il sera essentiel de poursuivre les mesures en intégrant une diversité de conditions météorologiques et de territoires, afin d’affiner les stratégies d’atténuation et de renforcer la résilience des espaces cyclables aux fortes chaleurs.

 

L'équipe

 

   

Matthieu Gousseff, Jérémy Bernard, Jessica Pic, François Leconte, Erwan Bocher, Elisabeth Le Saux Wiederhold, Dominique Heller, Camille Colinard, Maël Philippe, Romain Bocher (Lycée Beaumont Redon, option sport), Camille Ollitrault (Lycée Lycée Félix Le Dantec, Lannion) 



Vincent Gremeaux et Mathieu Saubade

Peter Gallinelli et Reto Camponovo

Olivier Ertz Media Engineering Institute (Suisse)

https://www.perrinremonte.com/

Perrin Remonté, cartographe/photographe

Remerciements

La Fondation GEOMAMUM, soutien du projet VéloClimat, tient à adresser ses plus vifs remerciements à toutes les personnes qui ont contribué à la réalisation de ce projet.

Un grand merci aux chercheurs, ingénieurs, techniciens, gestionnaires et stagiaires pour leur engagement, leur expertise et leur travail collectif, sans lesquels ce projet n’aurait pu voir le jour :  Maël Philippe, Yuna Bocher, Johann Laurent, Camille Colimard, Camille Ollitrault, Dominique Heller, Virginie Guillet, Jérôme Le Corre, Romain Bévan, Florence Palin, Florence L'Hostis, Sébastien Briand, Philippe Coussy.

Nous souhaitons également exprimer notre profonde gratitude à Alex Barbier, de l’Abri des Cyclistes, pour son soutien précieux et son implication essentielle.

Enfin, un merci tout particulier à nos donateurs et mécènes, dont le soutien indéfectible a permis de concrétiser ce projet de science avec et pour la société. 

Merci à tous pour cette belle aventure collective !